Dancing With The noise nouvelle version. dernièrement:

En passant : Sharon Van Etten



La scène se passe il y a un peu plus d'un an. Les Tindersticks jouent à Tulle et on m'a demandé de passer quelques titres pour l'inter-plateau. Le bar de la salle de concert est bondé et tout ce beau monde bavarde. Le morceau "Found love in a graveyard" des Veronica Falls se termine. Une fille accourt vers moi en bousculant l'assistance pour me hurler "c'est qui?". Devant mon bredouillage, elle passe derrière la table de mixage en me poussant à mon tour et en répétant sa question sur un ton encore plus décidé, et de poursuivre, "Pourquoi je connais pas? C'est quoi ça?  Pourquoi je connais pas?". On sentait en elle plus d'emportement qu'une réelle joie de découvrir une pépite musicale. Ayant trouvé ce qu'elle cherchait elle s'éloigna avec un visage évoquant plus l'agitation que la satisfaction.


Après cela, je choisis de passer un titre de l'américaine: j'ai besoin de ce morceau et pas d'un autre. Tant pis si je ne suis pas tout seul. "Les gens vont craquer pour Love More" me dis-je. "C'est forcé". "Il me fait tellement de bien ce foutu truc". "C'est LE moment".



Ce sera peine perdue pour la majorité. Comme d'habitude. Seules quelques paires d'oreilles se dresseront. J'observerai certains cesser leurs conversations et écouter la chanson. Un couple  s'embrassera tendrement à la fin. Un mec venu plus pour une bonne biture entre potes que pour le concert portera un  regard perdu sur son verre puis vers moi. A quoi pense-t-il ? Au prochain verre ou à la raison qui le pousse à agir ainsi? Ou peut-être me maudissait-il tout simplement d'avoir plombé l'ambiance ?


Sharon Van Etten a déjà publié 3 albums et "Tramp" sorti ces jours-ci confirme qu'elle a le petit plus que beaucoup d'artistes folk actuels n'ont pas.Un timbre de voix qui réanimera en vous la magie des premiers  Cat Power. Sur ce dernier Lp, elle délaisse l'acoustique pour l'électricité, et même si je connais le Chan Marshall par coeur on peut dire que Sharon Van Etten parle ce langage à merveille et réussit à faire passer ses propres émotions sans que l'on ait trop sensation de déjà vu. Sur la longueur on oublie sa glorieuse aînée.


Elle a bossé avec Julianna Barwick, The National, Beirut (présent sur le disque) et avec The Antlers. Comme ces derniers, sa musique est constituée d'une couche lyrique qui prend de plus en plus de force au fil des morceaux. "Stamp" fait plus produit fini que les précédents, moins folk lo-fi, mais cela ne trahit pas l'esprit insufflé dans ses premières oeuvres. Plus on avance dans l'album et plus on ressent la sensation qu'il s'agit d'un message d'au revoir.



J'évoquais Julianna Barwick. Voici une merveille de la dame en guise de conclusion.





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