Dancing With The noise nouvelle version. dernièrement:

Pinkshinyultrablast ou, le soleil se lève à l' Est pour le shoegaze .

 Plus quelques réflexions sur l' histoire du shoegaze.



Après la reformation des Slowdive en 2014 et l' album inespéré des My Bloody Valentine en 2013 l' année 2015 shoegaze sera marquée quant à elle par le retour des autres grands ténors du genre, Ride.
J' ose espérer au sujet de ces derniers qu' Andy Bell a oublié ses mauvaises habitudes Britpop/Oasis/Beady Eye parce que...
Si pépère revient pour nous refourguer les trahisons que furent "Carnaval of Light" et l' odieux et indigne de leur génie "Tarantula" , alors "pépé",  il se fout les pédales d' effets franchement dans le nez et je lui fait bouffer sa collection de Black Crowes et de Lenny Kravitz.
Plus important. Avec le retour des originaux on peut être amené à se demander si les nouvelles formations spécialisées dans le  "shoegaze" ne vont pas tout simplement passer à la trappe face aux vieux champions du début 90's. Le  talent et l' expérience scéniques de ces derniers et le manque de pertinence accompagnant l' acte de faire une musique vieille de 20 ans ne vont-ils pas accabler les petits nouveaux.
Y' a-t-il encore quelque chose à tirer du shoegaze?
En attendant que 2016 voit Chapterhouse sortir un disque et 2017 les Pale Saints jouer live  "in ribbons" dans son intégralité  on est forcé de constater que faire du shoegaze se révèle encore plein d' à-propos  en 2015. Comme en 1991.




Les 5 Pinkshinyultrablast nous viennent de Russie et plus précisément de la Venise du nord, Saint-Pétersbourg. Le  nom si étrange de cette formation n'est rien d' autre qu' une référence à une formation américaine shoegaze que seuls les aficianados pouvaient repérer dans les 00's, les vénérables Astrobrite. Pinkshinyultrablast s' était déjà fait remarquer avec son ep "Happy song for happy Zombies" mais depuis plus grand chose à se mettre sous les dents.
"Everything elses matters" déboule ces jour-ci et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il s'incruste d' office dans la précieuse liste des formations et artistes qui ont donné un sérieux coup de jeune au shoegaze depuis quelques années. A la différence d' autres genres musicaux liés au rock et à la pop ce dernier ne cesse de dévoiler encore de nos jours de très nombreuses possibilités et variantes. Le shoegaze pète le feu et s' offre une santé éclatante lui permettant d' échapper à l' ennuie de la redite et du revival trop facile dont un bon nombre de genre musicaux issus du rock souffrent (garage, indie pop 80's, indie rock 90's). Il y a une explication et elle a à voir avec les origines et l' histoire mouvementé du genre.

20 ans après, on peut se souvenir que le premier âge d' or shoegaze n'a duré qu'à peine 4 ans et qu'il s'agissait d'un courant assez critiqué si ce n'est pas mis à l' écart. Si MBV et un peu Ride avaient bien réussi à passer entre les foudres de certains critiques rock sourds et d'un public lui préférant la testostérone et le "m'as-tu vu" Britpop et les gémissements grunge d' autres, s'en sont pas remis. On en a eut la preuve flagrante avec l' effet de surprise de bon nombres ne connaissant pas vraiment Slowdive avant sa reformation et ses live l'an passé. "Ben oui! Le shoegaze ce n'était pas que MBV et Ride et un peloton de suiveur peu inspirés". La scène était plus riche et plus complexe que l'on  a voulu faire croire. Dès 1991 j'en ai lu et entendu des horreurs sur le shoegaze. Entre la fameuse et vicieuse mention "cette scène qui se célèbre", les adjectifs du style "endives bruitistes", "musique naïve", "lassante", "musique de bourges dépressifs" ou que sais-je encore.  Et c'est peut-être bien là où se situe l' explication de la bonne santé actuelle et des réussites tardives dans le temps de Pinkshinyultrablast et d'autres en matière de shoegaze.
Ce style n'a pas pu évoluer naturellement et offrir de nouvelles pistes en 1992 comme c'est généralement le cas. Plus précisément il a été obligé de laisser de coté certaines de ses composantes trop stigmatisées et en totale inadéquation avec l'ère du temps d' alors. Les formations originelles ont ainsi soit été forcées par la vox populi à faire autre chose (virage britpop des Boo Radleys, Ride et Lush) ou purement et simplement capituler (MBV, Slowdive). Et on s'est retrouvé avec un genre qui n'avait finalement pas terminé sa croissance et donner tout ce qu'il avait dans les tripes.
Un genre mis au banc de la société et placé sous formol tel les corps difformes que l'on peut trouver dans les laboratoires des instituts de médecine. Slowdive avait bien commencé le travail avec son "Pygmalion" en 95 mais il était trop tard et même leur label Creation leur fit comprendre que l'on ne voulait plus entendre parler de leur lamentations sonore. Pour Alan  McGee(patron du label) les recherches électro et shoegaze c'était ringard, place aux coquelets de stade  Gallagher, terminé les yeux rivés sur ses pieds pendant les concerts, la tête haute, le buste bien droit à la braneuse mancunienne  et tout le monde devait suivre. Faut dire pour expliquer le retournement de veste  du roux que le trou creusé dans les caisses du label par Kevin Shields pour l' enregistrement de "Loveless" avait du le refroidir et lui faire préférer la rentabilité Britpop. Ride vira donc Black Crowes, les Boo Radleys Nothern Soul ("Wake up"), Verve récupéra le "The" rock'n'roll pour son nom et s'en alla reluquer du coté des Stones et Lush trusta les charts en mixant Elastica à Blondie. Creation par ses disques et les changements de cap de ses artiste en est la preuve evidente. Ce label autrefois si hospitalier pour le style décida à l'image de toute l'industrie musicale qu'il était persona non grata.  Le coup dans le dos fut fatal. Et je me souviendrai toujours de l'interview de Justin Frichman dans les inrocks bavant sur la scène shoegaze "chiantissime" en expliquant qu'elle et Brett Anderson la conchiaient.



Le shoegaze originel et son aspect jugé trop mélancolique et dark n'avait plus droit de citer mais son influence souterraine commença aussitôt à se faire sentir. Le post-rock et sa recherche des textures et des timbres s' inspira largement du "mur du son" shoegaze tant la parenté génétique entre les deux était forte. Godspeed You Black Emperor, Sigur Ros, Mogwai et Labradford récupérèrent les orphelins du shoegaze. Même au delà du rock le fantôme planait. Boards of Canada, Seefeel, Gas et Main ont tous un petit quelque chose shoegaze et les fans des uns étaient bien souvent ceux des premiers.
Il aura fallu attendre la fin des 90's pour que l' amour du shoegaze originel ne soit plus honteux en publique. Et encore. Si l' aspect bruitiste  planant fut aussitôt récupéré un des gènes fondateurs mis beaucoup plus de temps a être admis. Le coté éthéré,  froid, , limite gothique, synthétique, mélancolique et surtout bien moins "noisy" et "industriel" eut bien plus de difficultés. Bref, le poids de l'influence des Cocteau Twins/This Mortal Coil  s'est vu souvent occulté et moins visible.
Parallèlement le retour en grâce nous vint d' Amérique et d' Europe. Bref de partout sauf de son pays natal, l' Angleterre. Deerhunter, M83, Blonde Redhead et Radio Dept. sont à citer pour les sauveurs .
Dans les 00's justement le penchant shoegaze s'est vu donc bien plus assumé et les mutations directe ont enfin put voir le jour. On parla de Nu-gaze mais pas seulement, par exemple le Black Métal s'en donna à coeur joie, le Blackgaze d' Alcest et Deafheaven. L' aspect mélancolique était soit exaspéré soit remplacé par une rage rage rock ou une euphorie pop. Mais ce n'est que vraiment au début des années 10 que le coming up fut digéré et accepté par tous. Si A Place to Bury Strangers et Serena Manish en passèrent encore par un maquillage noisy des formations reprenaient les mutations du style originel là où les autres les avaient laissé. Et donc, les racines Cocteau Twins/4AD. Merci à des groupes comme No Joy, Nothing, Tamaryn, Weekend, Whirr, White Poppy, A Sunny day in Glasgow, Echo Lak, Still Corners entre autres pour le versant pop. Et que dire des Slaves, Cheatas, The KVB, The History of Apple Pie,




Internet est aussi à citer comme grand défenseur du shoegaze originel et voilà comment on se retrouve face à un genre autrefois moqué et maudit qui de nos jours pullule partout. Chili, Israel et à présent avec Pinkshinyultrablast la Russie. On sait bien que tous les genres du passé par le net retrouvent une seconde jeunesse et que l'on peut y faire son marché facilement mais quand on cherche du shoegaze originel alors la claque par le nombre et la richesse artistique de la scène est sans commune mesure. Une nouvelle génération s' empara du style 90's sans les a-priori de ses prédécesseuses. Les racines Cocteau Twins/4AD sont plus assumées et l' aspect calme et mélancolique enfin sur le devant de la scène. En parlant avec cette générations et en leur racontant tout ce que les formations shoegaze ont pris dans 90's leur étonnement me surprend toujours. L' histoire n' avait donc pas été aussi linéaire et le compromis affiché par le revival enclenché vers 2008 qu'une façade. Le shoegaze n' avait pas toujours bien aimé et respecté. Le terme Shoegaze redevint "hype" mais fut aussi accolé à pas mal de chose sans vraiment de lien affirmé et direct. Certaines pilules furent dure à digérer pour les fans de la première heure et parfois les formations mises en avant par les médias semblaient n' être que de pâles copies. Les plus intéressantes restaient dans l'underground du net et c'est justement là que le shoegaze à fort héritage Cocteau est le plus présent.
Pinkshinyultrablast en fait partie.



Ce qui frappe avant tout et qui place nos amis russes c'est l' assurance et la mise au premier plan des vocalises éthérées à la Liz Fraser de Lyubov Solaveve leur chanteuse. Son chant est digne des autres héritières contemporaines  provenant d' autres univers tel Julianna Barwick, Laurel Halo ou Grouper. Ensuite "Everything else matters" ressemble dans sa structure aux disques des écossais de 4AD. Ce n'est ni un disque continuellement lent ou un simple mur de son s' étalant du début à la fin. Ce n'est pas du shoegaze caricatural tel cette sorte de fois gras industriel que l'on étale lamentablement sur une tranche de pain. Non c'est de l' original, du vrai. On le découpe et on le pose délicatement sur un toast grillé pour le laissé rebondir et exploser dans votre palais. La succession de rythmes différents rende ce disque tout sauf ennuyeux. Alternant le rapide et le lent les russes maîtrisent toutes les variantes. "Holly Forest" et "Ravestar supreme" avec leur panache sautillant vont préservent de la nostalgie léthargique. "Wish we were" avec son intro surprenante est d'hors et déjà à classer dans les classiques du genre depuis ses débuts. Ailleurs Pinkshinyultrablast évite la surcharge avec des emprunts minimalistes déjà entr-aperçus chez les Cocteau. Terry Riley et Steve reich traînent dans les parages. Le drone n'est pas obligatoirement bruitiste.
Si Pinkshinyultrablast sonne si originel c'est qu'en plus des Cocteau il évoque irrémédiablement le spectre des Lush. Si Slowdive avait vu ces derniers temps son culte exploser sur le net les Lush n'ont pour le moment toujours le même statut et c'est une parfaite injustice. Ils sont encore plus reconnu pour le britpopeux "Lovelife" que pour les sommets shoegaziens mélancoliques que sont les album "Spooky" et "Split". Pinkshinyultrablast ont en commun avec le Lush des débuts cette capacité formidable d' innover et d' exceller dans le mariage de l'expérimentation sonore et des structures pop plus classique. Offrir une rêverie hésitant entre la tristesse et l' étincelle optimiste.


Pinkshinyultrablast se sauve aussi de la simple redite en citant et en digérant des influences étrangères au shoegaze et à la fois proche dans le temps. Stars of The lid, Gaz pour l' ambient mais aussi le Autechre d' "Incunabila" et d' "Amber".
A première vue "Everything else matters" et son shoegaze semble pas vraiment neuf, mais plus on s'y immerge, plus les trouvailles russes vous épatent et le disque devient addictif et bien plus intéressants que bon nombre de disque revival que nous allons encore nous farcir en 2015.

Le shoegaze en 2015...à suivre très prochainement dans DWTN avec une claque absolue post-rock shoegaze.
PS: Deux dernières pépittes oubliées de  Lush pour la route

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